Le temps souffle. Il cherche à évincer les âmes. Il y a le chêne. Il y a le roseau. Je ne plie jamais, je ne briserai pas. Sous la tempête, j'ai le menton droit et la tête haute.
Et la tempête fait rage.
Sur RFM, Céline Dion braille.
Mais je préfère.
Elle couvre le silence.
Et j'ai pris le silence en horreur.
Il y a trop de silences.
Penchée sur moi, car les autres m'indiffèrent, j'enlève mes bottines channel, les grises, celles que ma mère m'a offertes hier en m'annonçant qu'elle partait en week end, sans Papa. Je n'aime pas qu'elle parte en week end. Papa non plus. Mais Papa ne le saura pas... Car il traverse une énième fois l'océan vers l'argent qui paye ces bottines et les quinze autres paires de la même marque que j'ai achetées ce mois-ci. Sans compter les bottes. Je raffole des bottes. Passons. Les pulls, aussi: j'ai froid. Enfin je fains genre, je ne suis pas frileuse, mais c'est à la mode, en décembre, de se ballader en polaire. C'est antisex, mais si c'est dans le mouvement... Pourtant j'aime le froid. Sa morsure. On s'en passe, pour rester dans la masse. Enfin, La Masse, celle de notre belle bourgeoisie Neuilléenne, celle que j'adule et que j'adhère car j'ai de l'argent et que j'aime l'afficher.
Je suis donc dans une introspection légère, hermétique à autrui, car l'altruisme ne fait pas réellement partie de mon mode de vie et de penser, et je me dis que je suis belle. A pourrir. A mourir, aussi, peut-être.
Récemment un ex-ami que je fais semblant d'aprécier à peu près a voulu se jeter d'un pont. C'est à la mode aussi, mais ce petit con n'a trouvé d'autre personne à appeler que moi. Du coup j'ai bien été obligée de l'en empêcher... Et c'est moi qui me tape les remords de pas l'avoir laissé plonger: c'est ma faute si sa mère frappe, si son frère boit, et si rien ne va. Amen.
Putain de morale.
Quand elle a appris ça, sa mère lui a acheté une deuxième caisse. Rouge. Il aime bien le rouge. Il était assez content. (Il se reconnaîtra.)
Et moi je veux une deuxième Vespa. je sais pas pourquoi j'ai pris la première grise, j'aime pas le gris. Ca va avec mes yeux, me dit un petit beauf amoureux... J'en veux une rouge. Paraît que papa me l'a achetée, déjà, en attendant j'en vois pas la couleur...
Je l'aurais sans doute demain.
S'ils comptent me l'offrir à Noël, mes choux, je vous tape une de ces crises,... j'ai d'autres projets pour le père Noël... Va peut-être falloir penser à mes vacances d'été, si vous voyez ce que je veux dire...? Et mes vacances d'été, elles valent quarante Vespas. Comme tous les ans.
Enfin je me fais du souci comme ça, mais la Vespa, je l'aurai demain, maximum. Je suis à cent mètres du lycée, mais c'est cent mètres de trop. Oui, j'ai un faible pour les Vespas.
Mais ce n'est pas là où je voulais en venir: je pensais à moi, et à ce que je deviens. A part une gravure de mode, et une très belle meuf. Ecrire... C'est un rêve de gamine, et ça fait un moment que j'ai arrêté de rêver... Quand je veux quelque chose, je l'achète, point barre. A cinq ans, t'espères une semaine, tes parents appellent ça l'éducation, ça te laisse le temps de rêver... A la fin de la semaine tu l'as ta panoplie Barbie...
Bon le délire c'est que j'ai pas le moindre talent. J'peux me taper un léger trip genre Dan Brown: écrire de la merde commerciale avec un petit coup de pouce d'un agent improvisé, et mettre le paquet niveau pub pour être lue par des millions de beaufs. très peu pour moi.
Enfin, j'ai seize ans, j'ai le temps... Et j'ai l'argent. Au pire, je fous rien de ma vie. Mon père s'en bat les couilles et ma mère s'énerve pour le principe. Elle a jamais rien foutu de sa vie non plus.
Si j'approfondis ma pensée (j'aime pas trop ça, comme tous les superficiels conscients), je suis qu'une ratée. mais une ratée overfriquée... Mon moral est impecc, j'ai créé une forme de barrière intérieure aux agressions de mon âme-et-conscience qui voudrait "que je réalise...", "Que je comprenne...". Elle a loupé l'épisode one de mon adolescence débauchée, délurée, dépravée.
Celui où j'ai réalisé.
Celui où j'ai compris.
Celui où j'ai décidé que ça n'en valait vraiment plus la peine.
On va arrêter là les questions de fond. Après je déprime, et comme je sors demain, après demain et tous les soirs d'après, autant garder la forme. Au cas où un Alfonse suicidaire retrouvait mon numéro de téléphone au mauvais moment.
Ciao kiss coeur.
Pourquoi j'écoute RFM? Parce que mon nano a rendu l'âme et que j'aime pas les autres.